Tss tss. Vous ne m'aurez pas comme ça. Je ne suis pas du genre à aller afficher les tropes de mon livre et à poster des extraits en mode teaser sur les RS. Sans doute parce qu'au mépris de toute stratégie marketing efficace (que Paul et Mike me pardonnent), je n'aime rien moins tant que de découvrir une oeuvre de manière "fortuite", et entrer dedans sans la moindre idée d'à quoi m'attendre.
Mais j'ai quand même envie de vous parler de la Geste par la bande - et j'ai choisi de le faire à travers d'autres oeuvres qui m'ont influencée.
Les plus perspicaces d'entre vous auront repéré le Part 1 qui accompagne le titre de cet article, ce qui laisse présager d'épisodes suivants - c'est parce que je me rends compte que j'ai plein de choses à raconter sur le sujet 🙂

Commençons par l'oeuvre sans qui rien de tout cela ne serait arrivé. J'aurais pu intituler ce post: Que s'est-il passé en novembre 2024 ? tellement ce moment a été charnière dans ma vie (comme vous le verrez, je n'exagère même pas !)
A cette époque, donc, je pensais être définitivement rangée de l'écriture. J'avais un début de roman qui stagnait à 5000 mots depuis... 2015, mon fameux projet de "roman de fantasy avec un téléphone portable dedans". Il s'était pour moi enfoncé dans le puits des histoires perdues, même si j'avais une structure en tête et une fin vers laquelle je voulais tendre. Mais l'envie de le mener au bout avait disparu, sans que je ne comprenne réellement pourquoi. Et puis l'état du monde, le boulot, les gosses, étaient de bons arguments pour ne pas sortir de cette léthargie somme toute confortable bien qu'insatisfaisante.
En parlant des gosses... Cela faisait un an que mon aîné, 15 ans au compteur, me tannait pour que je regarde avec lui sa série préférée: Arcane. Au moment de la sortie de la première saison sur Netflix, il l'avait littéralement dévorée et écoutait la bande-son en boucle (qu'est-ce que j'ai pu détester Imagine Dragons !).

Pour ma part, j'avais regardé le premier épisode avec lui, trouvé l'animation originale et sympa, mais l'histoire m'avait semblé très classique et j'avais été globalement déçue. Je m'étais endormie pendant le visionnage du deuxième épisode (je souligne que juniorette ne faisait toujours pas ses nuits...) et je n'avais rien compris au troisième - j'avais décidé d'en rester là.
Novembre 2024: sortie de la deuxième saison. Junior veut revoir la première histoire de se remettre le scénario en tête avant d'attaquer les épisodes inédits, et cette fois je l'accompagne en mode "plus réveillée". Je ne m'endors plus pendant le deuxième épisode, je comprends le troisième... et je commence à me rendre compte que ce n'est pas du tout la narration classique à laquelle je m'attendais. Je trouve ça même carrément bon, avec un final qui, cette fois, me laisse agréablement surprise.
A la fin du quatrième épisode, je réalise enfin que les trois premiers sont en réalité une longue introduction et que l'histoire commence réellement ici. Et je me prends une claque monumentale : l'animation est époustouflante, l'univers bien planté, les enjeux complexes, et les personnages d'une profondeur insoupçonnée. Pas de manichéisme, plein de dilemmes, et des arcs multiples qui donnent envie de savoir comment tout cela va évoluer (et side effect, Imagine Dragon ne me donne plus du tout de boutons ! Toute la bande-son devient canon quand elle s'avère capable de vous faire défiler des scènes épiques dans la tête).
Episode cinq: et c'est le flash.

Le même type d'épiphanie qui m'a fait écrire une saga en 9 tomes pendant 10 ans après une balade dans la forêt de Brno (pour ceux qui se souviennent de la genèse de la Tentation !). J'ai compris un truc clé sur mon personnage, reconnu ce qui lui manquait pour avoir une raison d'avancer vers le but que je lui avais fixé.
J'ai réouvert mon fichier word dans la foulée et les mots ont recommencé à couler, au service de scènes que je visualisais à présent comme si elles avaient été dessinées par les incroyables frenchies du studio Fortiche (et je vous assure, ça tabasse !)

Nous avons terminé le visionnage de toute la première saison et heureusement pour ma santé mentale, pu enchainer sur la deuxième (honnêtement, je ne sais pas comment il est possible de survivre au cliffhanger du dernier épisode de la saison I. Je comprends l'obsession du fiston).
J'ai continué à apprendre des choses sur mon personnage, sur son caractère, ses réactions, en observant comment son alter-ego dans la série évoluait. Et cette période a été incroyablement stimulante, entre l'attente des nouveaux épisodes distillés trois par trois et dévorés dans la foulée, et l'écriture de mon roman.
[Pour l'anecdote, c'est aussi le retour de cette envie d'écrire qui m'a fait lever le nez du guidon et réaliser que j'avais besoin de temps de cerveau disponible pour aller au bout de ce projet, ce qui ne pouvait se faire sans changer de boulot. Après 15 ans dans la même boîte, c'était un pari... qui a été remporté. Ce qui m'a permis de me retrouver dans les conditions idéales pour finir mon premier jet - plus de pensées parasites le soir en rentrant du taf.]
La série Arcane n'est pas parfaite. Mais on peut l'aimer à la fois pour ou malgré ses défauts - ce qui est, finalement, assez en phase avec son propos. En plus d'être un monument de l'animation, elle est un modèle de narration à plus d'un titre :
- le "show, don't tell" : pas besoin de faire défiler un descriptif du monde et des enjeux qui le traversent au début de la série, tout se révèle au fur et à mesure en suivant les personnages et en découvrant leurs réactions et leurs interactions. C'est un peu plus exigeant parce que le travail n'est pas prémâché et qu'on peut passer à côté si on n'est pas attentif (cf moi dans ma période burnout post partum) mais c'est teeeeeellement plus satisfaisant ! Et immersif. (Le défi était de taille, la série étant basée sur le lore du jeu vidéo Leagues of Legends qui avait une existence à part entière - je n'y ai jamais joué et ça ne m'a en rien empêchée d'apprécier, rien que pour ce tour de force, bravo!)
- le traitement des personnages : c'est si bien fait qu'ils prennent une existence propre, leur évolution est fidèle à leur caractère et à leur histoire, ils ne sont pas figés ni contraints par des stéréotypes de genre, et c'est pour ça qu'on s'attache à eux, parce qu'ils sont crédibles, même si leur univers et les pouvoirs qui y sont disponibles l'éloignent du nôtre. C'est cet attachement qui permet de créer de l'émotion.
- le foreshadowing: c'est la technique qui consiste à donner par avance des indices sur ce qui va se passer par la suite. Ca peut être lourd quand c'est mal fait ("Il ne le savait pas encore, mais prendre le chemin de gauche plutôt que celui de droite allait causer sa perte...") mais quand c'est assez subtil, ça donne juste envie de tout revoir depuis le début en s'extasiant sur les petits détails. Et cette technique-là est absolument maîtrisée par les scénaristes d'Arcane, au point que même les génériques peuvent être décortiqués frame par frame pour y repérer des clins d'oeil. Avec cet éclairage, les deux premiers épisodes que j'avais moins appréciés au départ prennent une saveur inédite au revisionnage - en réalité, ils sont parfaits.
Ne vous y trompez pas, La geste n'a rien d'une fan fiction d'Arcane ! Mais elle lui doit beaucoup en tant que source d'inspiration concernant la narration, ainsi que quelques autres éléments. Et il y a un certain nombre d'easter eggs glissés à l'intérieur que les fans de la première heure reconnaîtront !
C'est d'ailleurs le marqueur d'une grande oeuvre: sa capacité à inspirer d'autres créateurs. Il suffit de regarder le nombre de fanarts qui pullulent sur Insta, de fan fictions, et même d'analyses vidéos poussées pour comprendre l'ampleur du phénomène. J'ai envie de vous partager parmi ces dernières celles qui m'ont le plus marquée.
WARNING: J'ai réussi à vous dire tout le bien que je pensais d'Arcane sans rien spoiler ^^ mais les vidéos que je mets en lien ci-dessous ne sont à regarder que si vous avez déjà vu la série pour vous éviter ce désagrément. Rendez-vous directement en bas de la page sinon ^^
- Pourquoi une telle série qui a mobilisé une foultitude de créateurs talentueux ne devrait pas exister dans un monde capitaliste qui exige de la rentabilité
- Une hypothèse sur la fin de le série que je trouve savoureuse (et à laquelle je choisis de croire!)
- Une analyse inspirante sur la construction des personnages de la série, et pourquoi ils parviennent à nous toucher
- Une vidée de DIX-NEUF MINUTES sur UNE SCENE de la série - ok, la meilleure à mon avis, tant elle est bien écrite, cela les vaut tout à fait ! (Les autres vidéos de Tilda Owen qui dissèque la série suivant le prisme de la relation entre Caitlyn et Vi méritent toutes d'être vues aussi !)
... Et on peut passer des heures à explorer toutes ces ramifications pour voir les uns et les autres tâcher d'expliquer tel aspect du scénario ou tel comportement de personnage. C'est vertigineux et je n'ose imaginer la fierté que doit provoquer chez les créateurs de la série cette "appropriation".
Voilà décortiquée l'une de mes influences, ou plutôt, ce qui a été la source de changements majeurs dans ma vie 😉
Et pour découvrir les "Arcane vibes" de mon roman... il suffit de le lire 🙂
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