Qu’est-ce que ça fait de donner des coups de hache dans le tome I de la Tentation ?

Ça défoule. Je précise qu’aucun arbre n’a été blessé durant l’opération, dont le périmètre est resté strictement circonscrit à mon Dell Latitude E2400. Le but de la démarche : alléger, fluidifier, simplifier, donner envie de dépasser le cap de la page 42. Un mur, cette page 42. Un endroit où tout peut brusquement s’arrêter, où se prend la décision de ne pas aller plus loin. Pourtant, au départ, on avait été intrigué par cette histoire de policier en képi qui se faisait avaler par le macadam. Mais là, à la page 42, on commence à se demander ce qu’il peut bien se passer de passionnant dans une prépa. Les plus persévérants franchissent le cap ; et là c’est gagné. Mais combien se sont arrêtés en chemin ?

Résultat des courses : 50 pages de moins, un final mieux amené, des explications moins compactes et une trame qui ne change pas – preuve que les 50 pages en question étaient loin d’être essentielles.

A ceux qui veulent (re)tenter l’aventure, la version dégraissée du mammouth peut migrer dans votre BAL sur simple demande.

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Quel est ton public cible ?

Soyons exacts ; il ne s’agit pas d’une question fréquemment posée, mais elle a le mérite de l’être par ces personnes qui seraient en mesure de changer la destinée de la Tentation : les Editeurs. Ces derniers étant des gens très occupés (notamment à se frayer un chemin parmi les 46 598 manuscrits qui encombrent leur couloir, les obligeant à user de la machette pour aller chercher chaque matin leur baguette de pain à la boulangerie du coin) je me suis dit que j’allais leur filer un coup de pouce. Déjà, je m’étais fendue d’une petite étude de marché pour évaluer mon volume de vente potentiel, au tout début de mon aventure littéraire. Alors je n’ai pas (encore ?) atteint le million de lecteurs espérés, mais j’ai tout de même pu tirer quelques tendances concernant mon lectorat, dont mon mode de promotion me rend forcément proche. Tendances que je vais vous faire partager ici.

  • Le sexe : il est résolument masculin. Preuve que des vrais gars peuvent s’identifier à un faux gars né de l’imagination d’une fille. Ou que mes encarts publicitaires sont situés dans des lieux de passage riches en testostérone. Je détecte en tout cas, de ce côté-là, un certain potentiel de croissance. Vais peut-être aller poser mon tabouret et mon porte-voix du côté des forums pour nanas, moi…
  • Age : un pic chez les 25-30 ans, avec tout de même des extrêmes à 15 et 80 ans. Et deux frémissements supplémentaires, chez les 18-20 ans – vive le bac ! et chez les soixantenaires – vive la retraite !
  • Catégorie socioprofessionnelle : pas de surprise de ce côté-là, la Tentation est une œuvre qui plaît aux profs et aux élèves. Mais pas seulement ceux qui font une prépa ! Et pour moi, ça, c’est un pari gagné.
  • Géographie : est-ce dû à mon illustrateur et à ses racines enfoncées dans le plat pays qui est le sien ? Le fait est que la Belgique est surreprésentée dans mon lectorat, qui s’étend aussi jusqu’en Suisse, au Canada et au Maghreb. Je suis déjà internationale ! Peut-être mériterais-je une subvention au titre de la promotion de la francophonie ? Si un ministre m’écoute et veut me récompenser pour services rendus, je suis prête à lui envoyer un RIB ou mes coordonnées Paypal. Je suis récupérable.

Voilà, Editeur de passage, ce que je peux te dire concernant ma cible. Mais si tu connais le monde du livre comme peut le connaître un professionnel qui côtoie des auteurs, que tu en es peut-être d’ailleurs un toi-même, tu dois savoir que l’on n’écrit pas pour une cible. Elle se dessine d'elle-même, pour peu que l’on laisse à une œuvre la chance de l’atteindre. Et c’est là que je te propose mon aide pour devenir riche à millions. 🙂

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Qu’est-ce que ça fait de se prendre son premier plomb ?

Alors je rassure tout de suite ceux qui penseraient que l’amie des bêtes que je suis a croisé un mauvais chasseur. Non, mon intégrité physique est intacte. Le plomb dont je parle est purement e-pistolaire. Faut dire que je l’ai un peu cherché, aussi : j’ai envoyé la Tentation (plus exactement les 3 premiers chapitres et un synopsis détaillé) à un éditeur potentiel. Bon, ce n’est pas la première fois, mais en général, je m’en tire avec un message qui visiblement n’a pas été composé à ma seule intention (à deux exceptions près lisibles sur la 4ème de couv’ d’Opération Platypus). Là, mon interlocuteur a pris la peine de me répondre. Deux fois. La première pour me dire de façon plutôt amicale que pour la Tentation, ça ne le ferait pas pour cause de non adhésion à l’univers, mais que si j’avais autre chose en stock, il accepterait de jeter un coup d’œil. Je lui ai répondu (de manière tout aussi amicale, de toute façon, je ne sais pas faire autrement) que ben non, ce que j’avais en stock, ça le ferait encore moins (des nouvelles à caractère mathématiques et des écrits d’adolescente dépressive) mais que s’il voulait bien attendre deux ans que j’en ai fini avec Peter Agor, on pourrait rediscuter. Ça aurait pu en rester là si je n’avais pas, dans un bref accès de communicationite aiguë, eu la mauvaise idée d’envoyer, trois jours plus tard, un coucou-joyeux-noël accompagné d’un chapitre supplémentaire du tome I. Et c’est là que je me le suis pris, ce fameux plomb. Je n’ai pas demandé à l’auteur du scud en question l’autorisation de le citer, donc je n’en ferai rien. Mais c’était suffisamment violent pour que je puisse vous dire, à vous mes lecteurs, que vous avez des goûts de cabinet. Un cabinet où, en plus, on se fait royalement ch…. Ce n’est pas forcément malvenu dans ce type d’endroit, me direz-vous, mais là n’est pas mon propos. Bref, pour citer le type de Canal que je révère pour avoir réussi à faire fortune avec son style, je me suis pris un sacré coup de la latte dans les c… (que je n’ai pas. Mais là non plus, ce n’est pas le propos). Je me serais sans doute éclipsé sur la pointe des pieds en m’excusant pour la dérange si dans son mail, l’éditeur potentiel n’ajoutait pas quelque chose qui a fait s’afficher toute une série de points d’interrogation autour de ma tête, façon manga. Il pense que j’ai du talent. Malgré mes histoires qui n’intéressent personne et mon style pompeux, ennuyeux et rigolard comme un vieux cousin bourré à un mariage (mince, je l’ai cité. Vous pensez qu’il m’en voudra ?). Du talent, donc. C’est la première fois qu’une personne un peu autorisée me balance ça. Et à vrai dire, je ne sais pas trop quoi en faire. Et même, ça m’embête un peu. Parce que d’une certaine façon, j’ai l’impression que j’ai le choix. Entre continuer mon bonhomme de chemin, bordé d’un côté par un boulot que j’aime et de l’autre par la Tentation où je m’éclate en amateur, et bifurquer complètement vers des horizons insoupçonnés. Un peu comme quand, à dix-huit ans, j’ai voulu faire littéraire et que mes parents m’ont dit : « tu rigoles, ou quoi ? Obtiens ton diplôme d’ingénieur et constitue un patrimoine pour assurer ta retraite d’abord ». Et à l’époque, j’ai obéi.

J’ai peut-être tort, mais après avoir gambergé sur les paroles de l’éditeur potentiel, j’ai fini par penser qu’il pouvait être de la race des Niclaus Zarkowsky (ou plutôt, de celle de mon prof de Math Sup qui lui a servi de modèle). Du genre à filer des coups de pied au derrière pour le bien des gens.

Seulement, c’est à moi de décider où est mon bien.

Et même s’il doit m’en coûter une vie plus excitante, et peut-être la légitimité et la reconnaissance qui l’auraient accompagnée, j’ai décidé que mon bien passerait d’abord par la Tentation.

Donc rendez-vous à l’année prochaine pour le tome 7 🙂

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Pourquoi les pdf que j’ai achetés sur lulu.com ne sont-ils plus disponibles dans ma liste de téléchargements ?

Ah, voilà une question qui a le mérite d’avoir toute sa place dans une FAQ. On dirait une vraie. Alors : notre ami lulu a décidé de migrer de façon autoritaire tous les livres anciennement disponibles en téléchargement au format pdf, en e-book. Cela a des avantages certains pour le lecteur consommateur (compatibilité avec les lecteurs modernes, préservation de la vue, possibilité de frimer avec son iPad ou son Kindle) et pour l’auteur (DRM, même si personnellement, je m’en fous). Mais les pdf de l’ancien temps ont tout bonnement disparu de la circulation. Donc si vous n’avez pas pensé à les sauvegarder après leur téléchargement, je m’engage, là, ici même, sur l’honneur, à vous les retransmettre sur simple demande. Oui, je suis quelqu’un de très sympa.

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Qu’est-ce que ça fait de revenir sur les lieux du crime ?

Ça fait dire que, curieusement, tout est différent sans que rien n’ait vraiment changé. Le kebab vend toujours des kebabs, l’italien des panini tomate-mozza, la crêperie des galettes vaguement bretonnes – mais les enseignes ont dû tourner trois ou quatre fois pendant les quinze ans qui me séparent de ma dernière visite officielle, quand j’avais encore le statut « d’étudiante du Quartier Latin ». La boutique de jeux de société, de cartes et de comics qui m’incitait à dépenser un temps et un argent que je n’avais pas, est, elle aussi, encore là. Et puis il y a le lycée. Ses murs bien connus, ses escaliers aux rampes lisses, ses couloirs, que je ne sais toujours pas arpenter sans ressentir la pointe de stress qui m’a accompagnée pendant toutes mes années de prépa. Les étudiants me paraissent tellement jeunes que ça me fiche un coup de cafard. Devant une salle, une jeune fille, des écouteurs dans les oreilles. Sa musique numérique se dévide sans accroc alors que la mienne modulait étrangement avec les piles de mon walkman. Dans la classe d’informatique, des Macs flambant neufs ont remplacé les stations d’antan. Je n’ose demander si on y fait encore du Pascal. Des tableaux noirs ornent toujours  les salles de cours mais goûtent de moins en moins la poussière de la craie, attendant que les vidéoprojecteurs finissent d’en faire les symboles d’un autre siècle. Les profs, enfin. A part celui qui me guide, je n’en connais plus aucun – tout juste vais-je recroiser un prof de SI dont je préfère qu’il ne se souvienne pas de moi et de mon incapacité absolue à visualiser en 3D. Certains sont à la retraite, d’autres ont changé de point d’ancrage, les derniers, ceux dont personne n’a plus de nouvelles, ont peut-être définitivement largué les amarres. En sortant de là, je retrouve des automatismes oubliés, le chemin vers le métro qui me ramène à la maison, alors que j’avais hésité en arrivant. La mémoire est comme un muscle qui fond si on ne l’utilise pas. Je remercie M. FD de m’avoir ouvert les portes du temps.

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Pourquoi le tome I est-il devenu payant?

Depuis aujourd’hui, le tome I de la Tentation n’est plus en téléchargement gratuit sur lulu.com. Il s’affiche désormais au prix (certes modique mais assurément non nul) de 2,99€. Mais que se passe-t-il ? Le monstre rampant et légèrement baveux du capitalisme aurait-il définitivement mis sa main griffue et pleine de poils sur Peter Agor (et son humble auteur) ? Pas tout à fait. Je vous explique : jusqu’à il y a quelques temps, lulu.com permettait de connaitre le nombre de téléchargements d’une œuvre gratuite à partir de son site. Ce qui était fort utile pour mesurer l’impact d’une campagne marketing (en gros, l’intérêt d’aller faire le zouave sur une radio, de poster des jolis dessins - qu’on n’a même pas faits - sur des forums, d’offrir des pintes de bière – ce qui rend de toute façon le bénéfice de l’opération nul, mais c’est pas grave, tant qu’on passe un bon moment… Bref). Or donc, cette information a disparu du tableau de bord de lulu, qui ne prend plus en compte que les seuls contenus payants. Diantre, me dis-je, je pourrais contrecarrer leurs vils desseins en fixant à un cent symbolique le prix du tome I. Oui mais non. Ce n’est pas possible. Une règle abstruse m’oblige à fixer un prix minimum pour mon contenu. Ainsi soit-il, m’ajoutai-je in petto, le tome I n’ayant pas moins de valeur que les autres, qu’il ait le même prix. Sauf que : je crois toujours que l’accès à ce tome doit rester gratuit, pour que le lecteur potentiel puisse se faire une idée de la chose (et mette avec joie la main au portefeuille pour se procurer les suivants). En attendant que je trouve le temps d’ajouter un formulaire de téléchargement avec compteur sur mon site (et il n’est pas exclu que ce temps-là soit de l’ordre de l’infini), l’accès gratuit au tome I reste possible par la voie dite manuelle : un message via mon formulaire de contact sur www.kylieravera.fr, un MP, ou tout autre moyen que vous trouverez pour me transmettre votre demande (du moment qu’il y a votre adresse mail pour que je puisse vous répondre). Nous ne sommes pas obligés de communiquer. Un message vide me suffira. Je comprendrai. Et la loi m’empêchera d’utiliser vos adresses mails pour vous vendre du viagra (ou de vous harceler de quelque façon que ce soit). Si je n’ai pas réussi à dissiper vos craintes et que vous préférez rester un lecteur anonyme – il vous en coûtera désormais 2,99€.

Sometimes, life sucks, comme disait le poète.

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Qu’est-ce que ça fait de relire « Au bonheur des dames » ?

Ça fait toujours un effet « waw », même après la 10ème relecture. Pourtant, les conditions n’étaient pas optimales : cinq jours coincée à l’hosto avec une alimentation par perf, des antibiotiques en intraveineuse et un iPod Touch comme support de lecture (je ne mangerai plus jamais de vieux yaourts qui ont passé deux jours en dehors du frigo). Mais la magie de Zola opère en toute circonstance. En plus d’un style brillant qui donne toute sa mesure dans des descriptions flamboyantes, d’une histoire d’amour émouvante (et qui pour une fois, se termine bien), Zola nous livre une analyse terriblement actuelle de la guerre qui oppose les grandes enseignes aux petits commerces. A travers les fulgurances d’Octave Mouret, ce sont toutes les techniques marketing toujours de mise dans les grandes surfaces qui sont décryptées : les têtes de gondole, la pressurisation des fournisseurs, la diversification des produits, le « satisfait ou remboursé », la livraison à domicile, la publicité, les cadeaux gratuits, les ballons de baudruche au logo de la marque offerts aux enfants, les marges ridicules compensées par de forts volumes de vente. Même l’importation de produits de l’étranger est évoquée. La position de Zola sur ces grands magasins qui écrasent tout sur leur passage est subtile : la débâcle des petits commerçants qui voient le travail de plusieurs générations détruit par ces mastodontes est décrite crûment, avec violence, et un désespoir qui ne peut que toucher le lecteur. Mais le Bonheur n’est pas pour autant diabolisé, il a le bon sens pour lui, la logique du marché, de l’offre et de la demande, même si la vente passe par une certaine forme de manipulation. Il n’y a pas de méchanceté, là-dedans, simplement la compréhension de ce qu’est la modernité et le sens de l’histoire.

Au bonheur des dames n’est donc pas seulement un grand roman mais aussi la bible d’un certain marketing. Sa pertinence est toujours d’actualité, mais pour combien de temps ? Il arrive que le vent de l’histoire change de direction. Et même cela, à travers la montée en puissance de grands magasins concurrents, toujours plus gros, toujours dans la surenchère, jusqu’à l’explosion, Zola l’avait prédit.

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Qu'est-ce qu'un bon produit?

Cette question d’apparence anodine a été posée lors d’un cours de Marketing auquel j’ai assisté aux US. Le professeur – un gros moustachu aux airs faussement débonnaires – avait promis un prix à celui qui répondrait correctement à la question : un livre sur le marketing contenant les clés pour concevoir un « bon produit », justement. Les réponses se sont succédé, jusqu’à ce que celle attendue par le professeur finisse par être énoncée : un bon produit est la solution à un problème pour lequel beaucoup de gens sont prêts à payer afin qu’il soit résolu. Un instinct kamikaze et un brin provocateur m’a poussée à donner un autre avis : un bon produit est quelque chose qui donne du travail à beaucoup de gens. Après un bref silence, le professeur m’a tendu le livre. Il a dû estimer que c’était moi qui en avais le plus besoin.

Le rapport avec Peter ? Vous en saurez plus bientôt 🙂

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Qu’est-ce que ça fait de devenir maman ?

Alors d’aucuns demanderont quel est le rapport du biniou avec la saga de la Tentation. C’est vrai, quoi, on n’est pas là chez Delarue à déballer notre vie privée. A ceux-là je répondrais que : primo, taper sur un clavier d’ordinateur d’une seule main, ça prend vachement plus de temps et qu’il risque d’y avoir un impact non négligeable sur la date de sortie du tome 5. Deuxio : on est là aussi dans un processus de création, fait de doutes, de questionnements, d’inquiétudes et d’espoir. Puissance douze. Tertio : c’est mon blog, j’y parle de ce que je veux.

Donc, qu’est-ce que ça fait de devenir maman : déjà, ça fait mal. Mais je ne m’étendrai pas sur ce point, je me permets de vous rediriger vers le sketch de Florence Forresti qui traite cela de façon quasi documentaire. Ensuite, cela déclenche dans votre vie un séisme de degré douze (encore) sur l’échelle de Richter qui en compte neuf. Rien ne sera plus jamais comme avant. Vous avez beau avoir lu des dizaines de bouquins sur le sujet, regardé chaque émission des Maternelles pendant tout votre congé mater, écumé les forums spécialisés qui pullulent sur le web, recueilli les témoignages de toutes les mères de votre entourage, rien ne peut vraiment vous préparer à cette révolution qui bouleverse le corps et l’esprit. C’est un nouveau centre de gravité qui s’impose dans votre espace, un nouveau soleil qui éclot dans votre galaxie. Impossible d’échapper à son attraction, une chaine invisible vous relie à lui, dont la longueur est fonction de la fréquence et de la durée des tétés (oui, j’ai choisi d’allaiter). La notion de temps, elle, est carrément bouleversée. Les jours et les nuits s’articulent autour des mêmes gestes qui semblent devoir se répéter à l’infini. Entre les pleurs (oui, j’ai choisi de ne pas lui donner de tétine) un silence précaire s’installe dans votre demeure, celui qui ne doit pas perturber le sommeil du nouveau venu, prix inestimable gagné de haute lutte. Quand un parent compatissant vient vous décharger pendant une courte heure de l’écrasante responsabilité qui est désormais la vôtre, vous en profitez pour mettre le pied dehors, pour la première fois depuis des semaines. Vous pleurez de bonheur en faisant vos courses chez Leclerc alors que vous avez toujours détesté ça. Vous pourriez sauter au cou de la caissière qui vous gratifie d’un « merci - au revoir », signe que vous faites toujours partie du genre humain. Puis vous rentrez chez vous, retrouver cette part d’animalité récemment découverte. Vous avez beau être à la base quelqu’un de rationnel, vous plongez la tête la première dans ce puits d’inquiétude sorti de votre ventre : la courbe de poids, la couleur des selles, la tonalité des pleurs, tout est source d’angoisse. Au bout de quelques semaines, épuisée, le cheveu en bataille, des containers sous les yeux et les épaules aromatisées au lait caillé, vous vous penchez au-dessus du berceau où repose le tuyau que vous avez mis au monde, et vous songez avec désespoir que vous avez beau être issue d’une longue lignée de mères, peut-être que vous n’étiez pas faite pour ça.

C’est alors que le bébé ouvre les yeux, vous regarde et sourit. Et soudain, plus rien d’autre n’a d’importance.

Puisses-tu dans quelques années, mon fils, sourire de la même façon quand tu découvriras dans notre bibliothèque les livres écrits par ta maman.

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Qu’est-ce que ça fait d’être publié dans un vrai magazine ?

Alors pour réprimer les manifestations parfois excessives des fans déchainés, je me dois de préciser deux termes de la question précédente : le « publié » concerne des nouvelles à caractère hautement mathématique, qui se déroulent certes dans un milieu proche de celui des aventures de Peter (les classes prépas, donc) mais transposé dans une autre galaxie (histoire de ne pas troubler des vrais gens de la vraie vie, et d’avoir une plus grande liberté de narration). Ces nouvelles d’une page se présentent comme des énigmes à résoudre, le plus souvent par l’élève Epsilon qui œuvre sous le regard sévère – voire sadique – du redouté Professeur Phi. Le « vrai magazine » en question est Tangente Sup – une extension du magazine Tangente consacré aux mathématiques, plus spécialement orienté vers les élèves de prépa. Disponible sur abonnement (6 numéros par an) ici.

J’en viens à ce que ça fait : et bien c’est rudement chouette ! C’est un premier pas dans le milieu de l’édition professionnelle, autant dire un début de reconnaissance. Un exercice formateur également puisqu’il impose de travailler dans un format particulier, avec des contraintes, un ton et une thématique imposée, tout en gardant un style qui en est la « marque de fabrique ». Est-ce que cela va projeter la carrière littéraire de Kylie Ravera vers de nouveaux sommets ? Je ne sais pas, mais en tout cas, cela permet déjà de rajouter de solides fondations à la taupinière ! En attendant de gravir l’Everest… 😉

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