Alors, c'était comment ce concert ?

Hier, je suis allée à un concert. En mode à l'arrache, avec des billets pris en début de semaine, à l'initiative de M. Valery-Ravera "Hey, ce serait pas LE mec célèbre que tu connais ?". Le mec célèbre en question, c'est Christophe Mali, chanteur du groupe Tryo, et ma réponse systématique à la question qui revient de temps en temps dans les conversations qui s'épuisent un peu : "C'est qui la personne la plus connue que tu aies côtoyée ?"

Tryo, c'est l'Hymne de nos campagnes, Désolé pour hier soir, Ce que l'on s'aime, et mes préférées: Toi et Moi, Dulce de leche et Mrs Roy. C'est aussi Merci, France Télécom, qui était un peu l'hymne de mon école d'ingé spécialisée en Télécom et que je reprenais en soirée avant même de savoir que l'une des personnes derrière était quelqu'un que j'avais croisé pendant mes années collège et lycée. 91-94, années où je suivais des cours de théâtre sous la houlette de Jean-Jacques Charrière, JJ à la barbe blanche et à la voix grave, précise et douce, qui nous a fait jouer au théâtre Firmin Gémier d'Antony La visite de la vieille dame de Durrenmatt, La dispute de Marivaux, Le fils de Christian Rullier... On faisait aussi beaucoup d'impro, et en plus de Christophe (qui était encore Petit et pas encore Mali mais déjà bourré de talent), il y avait Gaël, Aurélie, Virginie, Camille, Philippe... Des silhouettes qui se sont éloignées dans le rétroviseur et dont il ne me reste que des souvenirs de répliques échangées dans un atelier sous les combles où on voyait flotter la poussière piégée par les rayons du soleil couchant.

Parmi les pièces jouées par notre petite troupe, il y en a une qui m'a particulièrement marquée : Direction Critorium par Guy Foissy. Une pièce mettant en scène trois femmes qui attendent un autobus pour se rendre au Critorium, un endroit où elles pourront enfin libérer le cri qui gronde dans leur ventre et qui menace de jaillir trop tôt de leur gorge. Parce que, bien entendu, il est interdit de pousser nos cris ailleurs qu'entre les murs capitonnés du Critorium, même quand la colère, la peur, la frustration, le manque, la solitude, voudraient qu'on les lâche quand même, là, maintenant, en pleine rue, n'importe où, pour obéir à un besoin impérieux - et tant pis pour le bordel. Mais le bus ne viendra pas, peut-être qu'il n'existe pas, ou alors il s'arrête ailleurs, plus loin, et les cris finiront par vaincre la volonté de ces femmes qui s'interdisent entre elles de crier en criant de plus en plus fort jusqu'à se briser les cordes vocales - comme dans la chanson.

C'était aussi barré que ça en a l'air, à la fois drôle, tragique et superbe, mis en musique par un Christophe de dix-sept ans qui jouait également l'une de ces femmes avec une conviction folle - et j'ai compris à ce moment-là la puissance des mots et de l'art de les livrer pour se délivrer. Pour essayer, du moins, en dépit de tout.

La nostalgie n'aurait pas suffi à me faire acheter des billets pour ce concert - j'ai écouté avant l'album solo de Christophe et c'est lui qui m'a décidée à aller dans cette petite salle de spectacle, parce que ce n'était pas un Zénith, parce qu'elle n'était même pas pleine, et que j'ai compris qu'on allait s'y retrouver entre humains. Un peu fatigués, assez abattus, de moins en moins surpris par l'accroissement exponentiel du bordel ambiant, mais prêts à chanter ensemble malgré tout et à partager des blessures intimes qui sont en réalité universelles.

Je vous laisse avec ma pref de ce dernier album.

Et je vais aller voter.

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