C'était bien. C'était plus que bien. C'était un vrai cadeau. Parce qu'il y avait littéralement cinq décennies de ma vie rassemblées dans La librairie des femmes en ce soir de 19 mars, et que ça ne doit pas arriver si souvent, à part pour des funérailles, donc on peut dire que j'ai eu une chance incroyable de connaître ça de mon vivant \o/.
Il y avait Anthia, tout d'abord, qui m'accueillait dans "sa" libraire. Elle avait préparé une bio, une interview avec des vraies questions pertinentes dedans, une lecture d'extrait délivrée avec maestria et la bonne prononciation d'Eindhomein, et aussi des carottes au houmous et des madeleines. Elle a été pour beaucoup dans la réduction de l'état de stress inhérent à une première, grâce à elle, j'étais à l'aise, autant que Blaise, et vraiment prête à savourer ce moment.
Il y avait Paul, ou Mike, ou Fabrice, pardon, Fabien, l'Editeur, qui avait amené une quiche et du vin, et le lot qu'il fallait de blagounettes délivrées avec le ton pince-sans rire qui est la marque de fabrique de Paul&Mike. J'en ai profité pour lui soutirer des infos intéressantes, comme la validation de la couv' du tome 2 et le fait qu'une version traduite en anglais de la Geste serait envisageable à partir d'un x1000 sur le nombre de ventes.
Il y avait Huguette et sa copine Annie, pétillante lectrice octogénaire des 7+1+1 tomes de La tentation qui était venue goûter à ma nouvelle mixture, j'espère qu'elle la trouvera à son goût.
Il y avait mes parents. Toujours là dans les moments importants, et la fierté que j'ai vue dans leurs yeux m'a rendue fière comme rarement.
Il y avait Hélène, copine de 3ème à l'origine d'une grande partie de mon œuvre littéraire, puisque je n'aurais sans doute pas eu le même parcours scolaire qui ma inspiré La tentation si elle ne m'avait pas poussée à m'inscrire à Louis-le-Grand - où elle, finalement, n'est jamais venue ^^'.
Il y avait Florence, mon archiviste personnelle qui a pris le relais des amitiés à Louis-le-Grand, qui m'a fait découvrir la Grèce et qui est à l'origine de mes premiers textes dans le "ton" qui est devenu le mien, parce qu'il fallait l'écrire, cette lettre à Jérémy, hein ?
Il y avait Julie, compagne d'écriture de longue date, l'autrice non publiée parce qu'elle ne cherche pas (encore ?) à l'être dont j'ai lu, je pense, le plus d'œuvres distinctes. Elle comprend qu'on peut à la fois éprouver de l'empathie pour ses personnages et laisser des choses pas très cool leur arriver, parce qu'on n'écrit pas les histoires, on les découvre, pas vrai ?
Il y avait Véronique, vraie visite surprise, lectrice de La tentation, qui m'a fait réaliser que dans Erika Valery, il y avait un jeu de mot aussi oO. Elle doit faire partie de ces gens qui découvrent dans ce que j'écris des choses que j'ignore y avoir mises alors qu'elles sont là depuis le début. Merci pour cette première chronique sur Babelio !
Il y avait des inconnus de moi venus par curiosité et parce que Fabien avait apporté de la quiche et du vin, j'espère qu'ils ont passé un bon moment 😀 !
Et il y avait ceux qui n'étaient pas là, mais un peu quand même. Stéphanie, Otto, Fabien P, Marianne, Sanrankune, M. Ravera parce qu'il faut bien quelqu'un pour garder les gosses à la maison.
Je sais que c'est le bazar un peu partout, que l'avenir est incertain, qu'il n'y a pas beaucoup de raisons de se réjouir, alors quand un truc aussi chouette vous arrive, vous avez juste envie de prendre toute cette gentillesse et de vous lover dedans comme dans un cocon.
Il parait qu'aujourd'hui, c'est la journée du bonheur.
Hier, je suis allée à un concert. En mode à l'arrache, avec des billets pris en début de semaine, à l'initiative de M. Valery-Ravera "Hey, ce serait pas LE mec célèbre que tu connais ?". Le mec célèbre en question, c'est Christophe Mali, chanteur du groupe Tryo, et ma réponse systématique à la question qui revient de temps en temps dans les conversations qui s'épuisent un peu : "C'est qui la personne la plus connue que tu aies côtoyée ?"
Tryo, c'est l'Hymne de nos campagnes, Désolé pour hier soir, Ce que l'on s'aime, et mes préférées: Toi et Moi, Dulce de leche et Mrs Roy. C'est aussi Merci, France Télécom, qui était un peu l'hymne de mon école d'ingé spécialisée en Télécom et que je reprenais en soirée avant même de savoir que l'une des personnes derrière était quelqu'un que j'avais croisé pendant mes années collège et lycée. 91-94, années où je suivais des cours de théâtre sous la houlette de Jean-Jacques Charrière, JJ à la barbe blanche et à la voix grave, précise et douce, qui nous a fait jouer au théâtre Firmin Gémier d'Antony La visite de la vieille dame de Durrenmatt, La dispute de Marivaux, Le fils de Christian Rullier... On faisait aussi beaucoup d'impro, et en plus de Christophe (qui était encore Petit et pas encore Mali mais déjà bourré de talent), il y avait Gaël, Aurélie, Virginie, Camille, Philippe... Des silhouettes qui se sont éloignées dans le rétroviseur et dont il ne me reste que des souvenirs de répliques échangées dans un atelier sous les combles où on voyait flotter la poussière piégée par les rayons du soleil couchant.
Parmi les pièces jouées par notre petite troupe, il y en a une qui m'a particulièrement marquée : Direction Critorium par Guy Foissy. Une pièce mettant en scène trois femmes qui attendent un autobus pour se rendre au Critorium, un endroit où elles pourront enfin libérer le cri qui gronde dans leur ventre et qui menace de jaillir trop tôt de leur gorge. Parce que, bien entendu, il est interdit de pousser nos cris ailleurs qu'entre les murs capitonnés du Critorium, même quand la colère, la peur, la frustration, le manque, la solitude, voudraient qu'on les lâche quand même, là, maintenant, en pleine rue, n'importe où, pour obéir à un besoin impérieux - et tant pis pour le bordel. Mais le bus ne viendra pas, peut-être qu'il n'existe pas, ou alors il s'arrête ailleurs, plus loin, et les cris finiront par vaincre la volonté de ces femmes qui s'interdisent entre elles de crier en criant de plus en plus fort jusqu'à se briser les cordes vocales - comme dans la chanson.
C'était aussi barré que ça en a l'air, à la fois drôle, tragique et superbe, mis en musique par un Christophe de dix-sept ans qui jouait également l'une de ces femmes avec une conviction folle - et j'ai compris à ce moment-là la puissance des mots et de l'art de les livrer pour se délivrer. Pour essayer, du moins, en dépit de tout.
La nostalgie n'aurait pas suffi à me faire acheter des billets pour ce concert - j'ai écouté avant l'album solo de Christophe et c'est lui qui m'a décidée à aller dans cette petite salle de spectacle, parce que ce n'était pas un Zénith, parce qu'elle n'était même pas pleine, et que j'ai compris qu'on allait s'y retrouver entre humains. Un peu fatigués, assez abattus, de moins en moins surpris par l'accroissement exponentiel du bordel ambiant, mais prêts à chanter ensemble malgré tout et à partager des blessures intimes qui sont en réalité universelles.
Dix mois se sont écoulés depuis la pose du point final, et j'ai vécu pendant ce laps de temps à la fois très court et très long, une succession de moments plus "déclencheurs de shoots de dopamine" les uns que les autres :
Le premier retour de bêta-lecture
La première réponse d'un éditeur
Autre réponse d'éditeur (négative mais qui fait bien plaisir quand même ^^)
La signature du contrat
La fin des corrections éditoriales
La finalisation de la couv'
Les pré-commandes
La réception des premiers exemplaires imprimés
Le placement en librairie
La joie des lecteurs qui reçoivent leur exemplaire dédicacé et le promènent dans différents endroits du globe
Le tout premier "vrai" retour sur le produit fini...
Screenshot
L'histoire ne s'arrête pas là, évidemment - il y a déjà la soirée "chips-cacahuètes" du 19 mars à Paris où je devrais retrouver rassemblées 4 décennies de contacts oO (avec lecture publique au menu ^^').
Il y a la suite - ce tome 2 déjà écrit qui attend ses corrections éditoriales et qui sera dans les bacs à la fin de l'année.
Et puis il y aura bien sûr ce que VOUS voudrez bien partager avec moi de votre lecture de La geste, de votre ressenti, de vos interrogations... Chaque critique, chaque chronique, sur n'importe quelle plateforme, rend plus tangible l'existence de ce livre et l'inscrit un peu plus dans la durée - surtout dans une époque où tout est volatile, s'oublie et disparaît...
Je découvre aussi ce que signifie la promotion sur les RS en 2026, beaucoup moins innocente qu'il y a dix ou quinze ans (tout se passait à l'époque sur Facebook et Twitter, souvenez-vous!) Le bookstagram d'Instagram a ses propres codes et ses algos, on peut s'amuser à les décortiquer pour tâcher de les dompter et gagner en visibilité, cela peut-être amusant, mais ça peut aussi manger beaucoup de temps et d'énergie. Et générer de la frustration.
Vive les blogs qui permettent de rédiger des articles de six pieds de long ! Et au moins, vous savez toujours où me trouver 😉
(Dixit, d'une voix plus fluette que son physique tout en cornes, en griffes et en queue fourchue ne le laisserait supposer, le diable avec qui j'ai passé un pacte - je suis éternellement damnée.)
En vrai, le diablotin en question m'a avoué qu'il avait zéro pouvoir en la matière, mais je suis toute disposée à partager mes secrets de fabrication avec vous.
Quelques heures avant que ne se produise le déclic, j'aurais pu jurer que l'écriture n'était plus compatible avec mon job, ma famille, mes enfants, les heures de sommeil nécessaires au bon fonctionnement de mes organes vitaux et le processing quotidien de l'information comme quoi l'humanité trouve chaque jour de nouvelles façons de courir un peu plus vite vers sa putréfaction.
Le déclic ayant eu lieu (vous avez vu mon post sur la série Arcane ?), répondre à l'injonction de dénicher 3 à 4 heures dans une journée pour écrire est devenu un objectif primordial.
Voici donc mes trucs et astuces en mode "gourou du bien-être quand on veut écrire un livre" (mais qui, si on ne fait pas attention, pourraient bien faire fuir l'être aimé).
I. Changer de job
Quand on bosse dans le même domaine et dans la même boîte pendant trop longtemps, il y a une accumulation de "trucs à faire" et de "trucs auxquels penser" qui s'empilent dans notre tête et l'empêchent de se concentrer sur autre chose, même quand on sort de notre bulle professionnelle, et y compris de manière inconsciente. Faire le test du "à quoi je pense pendant que je prends ma douche" est une bonne manière de se rendre compte d'à quel point on est atteints.
J'ai donc décider de faire un reset en cherchant à changer de boulot. Et la démarche a suffi à envoyer un message à mon cerveau pour qu'il se rende compte que réfléchir à comment optimiser le rendement d'un serveur de streaming multiformats à haut-débit pendant qu'on se shampooine ce n'est pas ce qui va nous rendre le plus heureux.
La démarche a abouti après la rédaction du roman, comme quoi, c'était vraiment dans ma tête.
Postive side effects : j'ai changé de boulot.
II. Organiser la confection des repas
Même si M. Valery-Ravera s'occupe de la gestion d'un nombre conséquents de tâches liées à la bonne marche du foyer, il y a tout de même un minimum à faire de mon côté - et s'assurer qu'on ne se nourrit pas de conserves et de surgelés pendant toute la semaine fait partie de mon mandat.
La solution que j'ai trouvée, digne des plus pointus des influenceurs des temps modernes, s'appelle : le batch cooking.
Aka je me bloque trois heures chaque week-end pour pré-préparer un max de plats: découper des légumes, assembler des sauces, précuire ce qui peut l'être et parce qu'il faut être pragmatique, élaborer un menu hebdo qui incorpore aussi un ou deux repas ne demandant pas beaucoup plus que de faire cuire des pâtes. Grâce à ça, les repas du soir sont pris dans les temps et on s'accapare quelques précieuses minutes de rab.
Positive side effects : on mange plus équilibré et on gaspille moins.
III. Offrir pour Noël un jeu vidéo en split-screen à son mari et à son fils
Baldur's gate III est devenu mon nouveau jeu préféré même si je n'y ait jamais joué. Je me suis offert des soirées entières de tranquillité avec zéro culpabilité.
Positive side effects : resserrage des liens entre le papa et le fiston (malgré les engueulades sur qui a le droit de looter tel ou tel coffre).
IV. Arrêter de se lamenter sur l'état du monde
Et commencer pour cela à stopper cet afflux d'informations anxiogènes et désespérantes qui nous envahissent et nous pourrissent le cerveau. Quand ce trop-plein d'infos conduit à inciter à se replier sur soi-même et à noircir l'image qu'on a de son prochain, une prise de recul est salutaire et permet de rediriger son énergie vers quelque chose de plus productif.
Positive side effects : je reste dans l'idée d'aller voter à chaque élection.
V. Faire des choix concernant les activités annexes
Vous pensiez réellement qu'il était possible de s'en tirer gratuitement sans toucher à ses loisirs ?
Que nenni.
Moins de binge watching de séries (de toute façon, je suis arrivée à l'âge où je m'endors devant), moins de lecture, moins de soirées jeux de plateau, moins de temps passé à aligner des bonbons sur son smartphone. Le bilan de production d'endorphines reste largement positif.
Positive side effects : tout a un meilleur goût quand on s'y remet après une période d'abstinence.
VI. Halte à la procrastination
Mon dieu que ce post est en train de devenir sérieux...
Mais c'est une réalité : avoir un objectif précis auquel on tient oblige à s'organiser pour se vider la tête le plus rapidement possible afin de pouvoir la remplir de nouveau avec quelque chose qui a plus de valeur. Et rien de mieux pour cela que d'exécuter une tâche aussitôt qu'elle nous tombe dessus.
Positive side effect : je n'ai jamais été aussi efficace dans ma vie que depuis que j'ai recommencé à écrire.
Voilà tout ce que j'ai mis en œuvre pour que voient le jour les deux tomes des Gestes malhabiles du chevalier Anowan - 150k mots, 800k caractères rédigés en grande majorité entre novembre 2024 et mai 2025 et un peu chaque jour entre 21h et 1h du matin.
Il faut reconnaître que ça n'a pas été facile tous les jours pour mon entourage et je suis extrêmement reconnaissante à Mr, Jr et Jrette de s'être adaptés à la situation. C'est une chance et un privilège de vivre dans un environnement compatible avec une passion aussi prenante.
Bon, j'avoue, il y a une petite entourloupe, LGICA ne parle pas vraiment de musique, même si la notion de geste (au féminin, vous avez noté ? non, ce n'est pas une faute qui serait passée au travers des 92 relectures subies par le texte) ramène bien au chant épique.
Mais je voulais plutôt dans cet article évoquer l'influence de la musique sur l'écriture de mon roman. Et hop, ni vu ni connu, on va parler de processus créatif.
Je suis une écrivaine du calme et du silence (et ce de plus en plus, l'âge venant). Pour que le flow s'installe, j'ai besoin de ne pas avoir de distra... oh ! une notif Whatsapp ! Bref, vous m'avez comprise. Et donc, je n'aime pas, d'ailleurs je ne peux pas, écrire en écoutant de la musique.
En revanche: écouter de la musique quand je n'écris pas participe à plein au mécanisme de construction de mes histoires. LGICA en particulier a bénéficié de ces moments où quelques notes de musique et quelques paroles glanées par-ci par-là ont créé des images voire ont été à l'origine d'épisodes clés.
Au moment où j'écris cet article, vous êtes à peu près 6,37 à avoir lu le roman, donc je ne vais pas entrer dans l'analyse détaillée du lien entre chacune des chansons qui va suivre et un chapitre précis du livre (je suis un poil moins nerdy qu'à l'époque de l'écriture de La tentation, vous noterez), y compris avec des grosses balises spoil, mais je vous laisserai le découvrir par vous-mêmes - après lecture 😉
Toutes ces chansons ont en tout cas tourné en boucle pendant l'orchestration de mon récit (ma maisonnée en mode boule Quiès en est témoin) et je ne peux les entendre sans que des images mettant en scène mes personnages ne se déploient devant mes yeux (dessinées par le studio Fortiche, les images, si vous avez bien suivi, autant dire que ça déboîte).
Si cette playlist hétéroclite au possible vous parle, il se pourrait que ce soit le cas aussi pour La geste improvisée du chevalier Anowan. (Mais on ne va pas se mentir, peut-être pas).
Je suis entrée en fantasy par la grande porte du Seigneur des Anneaux. 3 gros tomes empruntés à la bibliothèque municipale d'Antony quand j'avais 16 ans et qui m'ont nourrie pendant que je me remettais d'une quadruple extraction de dents de sagesse (en mode hamster). J'ai vu les paysages de la Terre du Milieu défiler beaucoup plus vite que les pages, j'ai vécu les péripéties avec les personnages, découvert le bestiaire fantastique qui fait encore référence aujourd'hui et j'ai terminé la trilogie en ayant l'impression d'avoir fait partie de la Compagnie de l'anneau.
Quelques années plus tard, j'ai lu la série de l'Assassin Royal, avec une vision beaucoup plus intimiste et un monde d'une richesse extraordinaire qui était parvenu à inventer quelque chose de complètement nouveau. Le lien de Fitz avec son loup m'a durablement marquée, le personnage du Fou a été une révélation et toute la série des Aventuriers de la mer avec Althéa aux commandes, une prolongation parfaite de cette immersion.
Après, j'ai fait les choses dans le désordre, puisque j'ai découvert la fantasy complètement barrée de Catherine Dufour avec ses Dieux qui buvaient avant de tomber en amour devant Pratchett et son Disque-monde.
Là, c'est vraiment l'écriture pleine d'humour, de jeux de mots et de trouvailles malines qui m'ont fait pousser des petits cris d'enthousiasme, et j'ai vu de nouvelles façons de faire du world building en s'appuyant sur des concepts existants, quitte à les détourner, voire les dynamiter. Dans le cas de C. Dufour, en profiter au passage pour glisser un message politique a été un ajout apprécié.
Plus récemment, j'ai expérimenté la cozy fantasy toute douce avec Légendes et Lattes, même si on y était déjà un peu avec Pratchett. J'adore franchement le pitch : une guerrière orc qui se range des combats pour... ouvrir un café - dans un petit village peuplé de créatures telles que des ratkins, des elfes ou des succubes. C'est à lire au coin du feu avec un plaid sur les genoux, un chocolat chaud dans une main et un chat qui ronronne à ses pieds.
Une dernière lecture de fantasy récente : L'ensorceleur des choses menues, de Régis Goddyn, moins délicate que ce que son nom laisse entendre, et qui m'a sortie de ma zone de confort en adoptant le point de vue d'un héros pas commun - un vieil ensorceleur aux petits pouvoirs qui se lance dans une quête aux côtés d'une jeune femme à la recherche de son amour perdu. C'est plein de surprises, avec une réappropriation de thèmes que l'on retrouve classiquement dans les romans "avec de la magie dedans".
Qu'est-ce que La geste improvisée du chevalier Anowan emprunte à des références aussi différentes ?
Vous vous doutiez bien que vous n'obtiendriez pas de réponse ici 🙂
Tss tss. Vous ne m'aurez pas comme ça. Je ne suis pas du genre à aller afficher les tropes de mon livre et à poster des extraits en mode teaser sur les RS. Sans doute parce qu'au mépris de toute stratégie marketing efficace (que Paul et Mike me pardonnent), je n'aime rien moins tant que de découvrir une oeuvre de manière "fortuite", et entrer dedans sans la moindre idée d'à quoi m'attendre.
Mais j'ai quand même envie de vous parler de la Geste par la bande - et j'ai choisi de le faire à travers d'autres oeuvres qui m'ont influencée.
Les plus perspicaces d'entre vous auront repéré le Part 1 qui accompagne le titre de cet article, ce qui laisse présager d'épisodes suivants - c'est parce que je me rends compte que j'ai plein de choses à raconter sur le sujet 🙂
Commençons par l'oeuvre sans qui rien de tout cela ne serait arrivé. J'aurais pu intituler ce post: Que s'est-il passé en novembre 2024 ? tellement ce moment a été charnière dans ma vie (comme vous le verrez, je n'exagère même pas !)
A cette époque, donc, je pensais être définitivement rangée de l'écriture. J'avais un début de roman qui stagnait à 5000 mots depuis... 2015, mon fameux projet de "roman de fantasy avec un téléphone portable dedans". Il s'était pour moi enfoncé dans le puits des histoires perdues, même si j'avais une structure en tête et une fin vers laquelle je voulais tendre. Mais l'envie de le mener au bout avait disparu, sans que je ne comprenne réellement pourquoi. Et puis l'état du monde, le boulot, les gosses, étaient de bons arguments pour ne pas sortir de cette léthargie somme toute confortable bien qu'insatisfaisante.
En parlant des gosses... Cela faisait un an que mon aîné, 15 ans au compteur, me tannait pour que je regarde avec lui sa série préférée: Arcane. Au moment de la sortie de la première saison sur Netflix, il l'avait littéralement dévorée et écoutait la bande-son en boucle (qu'est-ce que j'ai pu détester Imagine Dragons !).
Pour ma part, j'avais regardé le premier épisode avec lui, trouvé l'animation originale et sympa, mais l'histoire m'avait semblé très classique et j'avais été globalement déçue. Je m'étais endormie pendant le visionnage du deuxième épisode (je souligne que juniorette ne faisait toujours pas ses nuits...) et je n'avais rien compris au troisième - j'avais décidé d'en rester là.
Novembre 2024: sortie de la deuxième saison. Junior veut revoir la première histoire de se remettre le scénario en tête avant d'attaquer les épisodes inédits, et cette fois je l'accompagne en mode "plus réveillée". Je ne m'endors plus pendant le deuxième épisode, je comprends le troisième... et je commence à me rendre compte que ce n'est pas du tout la narration classique à laquelle je m'attendais. Je trouve ça même carrément bon, avec un final qui, cette fois, me laisse agréablement surprise.
A la fin du quatrième épisode, je réalise enfin que les trois premiers sont en réalité une longue introduction et que l'histoire commence réellement ici. Et je me prends une claque monumentale : l'animation est époustouflante, l'univers bien planté, les enjeux complexes, et les personnages d'une profondeur insoupçonnée. Pas de manichéisme, plein de dilemmes, et des arcs multiples qui donnent envie de savoir comment tout cela va évoluer (et side effect, Imagine Dragon ne me donne plus du tout de boutons ! Toute la bande-son devient canon quand elle s'avère capable de vous faire défiler des scènes épiques dans la tête).
Episode cinq: et c'est le flash.
Le même type d'épiphanie qui m'a fait écrire une saga en 9 tomes pendant 10 ans après une balade dans la forêt de Brno (pour ceux qui se souviennent de la genèse de la Tentation !). J'ai compris un truc clé sur mon personnage, reconnu ce qui lui manquait pour avoir une raison d'avancer vers le but que je lui avais fixé.
J'ai réouvert mon fichier word dans la foulée et les mots ont recommencé à couler, au service de scènes que je visualisais à présent comme si elles avaient été dessinées par les incroyables frenchies du studio Fortiche (et je vous assure, ça tabasse !)
Nous avons terminé le visionnage de toute la première saison et heureusement pour ma santé mentale, pu enchainer sur la deuxième (honnêtement, je ne sais pas comment il est possible de survivre au cliffhanger du dernier épisode de la saison I. Je comprends l'obsession du fiston).
J'ai continué à apprendre des choses sur mon personnage, sur son caractère, ses réactions, en observant comment son alter-ego dans la série évoluait. Et cette période a été incroyablement stimulante, entre l'attente des nouveaux épisodes distillés trois par trois et dévorés dans la foulée, et l'écriture de mon roman.
[Pour l'anecdote, c'est aussi le retour de cette envie d'écrire qui m'a fait lever le nez du guidon et réaliser que j'avais besoin de temps de cerveau disponible pour aller au bout de ce projet, ce qui ne pouvait se faire sans changer de boulot. Après 15 ans dans la même boîte, c'était un pari... qui a été remporté. Ce qui m'a permis de me retrouver dans les conditions idéales pour finir mon premier jet - plus de pensées parasites le soir en rentrant du taf.]
La série Arcane n'est pas parfaite. Mais on peut l'aimer à la fois pour ou malgré ses défauts - ce qui est, finalement, assez en phase avec son propos. En plus d'être un monument de l'animation, elle est un modèle de narration à plus d'un titre :
le "show, don't tell" : pas besoin de faire défiler un descriptif du monde et des enjeux qui le traversent au début de la série, tout se révèle au fur et à mesure en suivant les personnages et en découvrant leurs réactions et leurs interactions. C'est un peu plus exigeant parce que le travail n'est pas prémâché et qu'on peut passer à côté si on n'est pas attentif (cf moi dans ma période burnout post partum) mais c'est teeeeeellement plus satisfaisant ! Et immersif. (Le défi était de taille, la série étant basée sur le lore du jeu vidéo Leagues of Legends qui avait une existence à part entière - je n'y ai jamais joué et ça ne m'a en rien empêchée d'apprécier, rien que pour ce tour de force, bravo!)
le traitement des personnages : c'est si bien fait qu'ils prennent une existence propre, leur évolution est fidèle à leur caractère et à leur histoire, ils ne sont pas figés ni contraints par des stéréotypes de genre, et c'est pour ça qu'on s'attache à eux, parce qu'ils sont crédibles, même si leur univers et les pouvoirs qui y sont disponibles l'éloignent du nôtre. C'est cet attachement qui permet de créer de l'émotion.
le foreshadowing: c'est la technique qui consiste à donner par avance des indices sur ce qui va se passer par la suite. Ca peut être lourd quand c'est mal fait ("Il ne le savait pas encore, mais prendre le chemin de gauche plutôt que celui de droite allait causer sa perte...") mais quand c'est assez subtil, ça donne juste envie de tout revoir depuis le début en s'extasiant sur les petits détails. Et cette technique-là est absolument maîtrisée par les scénaristes d'Arcane, au point que même les génériques peuvent être décortiqués frame par frame pour y repérer des clins d'oeil. Avec cet éclairage, les deux premiers épisodes que j'avais moins appréciés au départ prennent une saveur inédite au revisionnage - en réalité, ils sont parfaits.
Ne vous y trompez pas, La geste n'a rien d'une fan fiction d'Arcane ! Mais elle lui doit beaucoup en tant que source d'inspiration concernant la narration, ainsi que quelques autres éléments. Et il y a un certain nombre d'easter eggs glissés à l'intérieur que les fans de la première heure reconnaîtront !
C'est d'ailleurs le marqueur d'une grande oeuvre: sa capacité à inspirer d'autres créateurs. Il suffit de regarder le nombre de fanarts qui pullulent sur Insta, de fan fictions, et même d'analyses vidéos poussées pour comprendre l'ampleur du phénomène. J'ai envie de vous partager parmi ces dernières celles qui m'ont le plus marquée.
WARNING: J'ai réussi à vous dire tout le bien que je pensais d'Arcane sans rien spoiler ^^ mais les vidéos que je mets en lien ci-dessous ne sont à regarder que si vous avez déjà vu la série pour vous éviter ce désagrément. Rendez-vous directement en bas de la page sinon ^^
Pourquoi une telle série qui a mobilisé une foultitude de créateurs talentueux ne devrait pas exister dans un monde capitaliste qui exige de la rentabilité
Une hypothèse sur la fin de le série que je trouve savoureuse (et à laquelle je choisis de croire!)
Une analyse inspirante sur la construction des personnages de la série, et pourquoi ils parviennent à nous toucher
Une vidée de DIX-NEUF MINUTES sur UNE SCENE de la série - ok, la meilleure à mon avis, tant elle est bien écrite, cela les vaut tout à fait ! (Les autres vidéos de Tilda Owen qui dissèque la série suivant le prisme de la relation entre Caitlyn et Vi méritent toutes d'être vues aussi !)
... Et on peut passer des heures à explorer toutes ces ramifications pour voir les uns et les autres tâcher d'expliquer tel aspect du scénario ou tel comportement de personnage. C'est vertigineux et je n'ose imaginer la fierté que doit provoquer chez les créateurs de la série cette "appropriation".
Voilà décortiquée l'une de mes influences, ou plutôt, ce qui a été la source de changements majeurs dans ma vie 😉
Et pour découvrir les "Arcane vibes" de mon roman... il suffit de le lire 🙂
La date est tombée: le 2 mars (2026, sisi), le livre devrait être disponible à la commande dans toutes les librairies, sur les plateformes (au prix de 22€) et au format numérique (6,99€).
Oui, ça paraît teeeeeeeellement loin ! Mais comme me disait mon prof de maths en prépa, ça n'a jamais été aussi proche (il parlait des concours, soit une perspective bien moins réjouissante, mais ça marche avec n'importe quelle échéance, vous pouvez essayer.)
"A quoi ça sert, une pré-commande ? " vous demandez-vous peut-être, "Si ce n'est à payer des frais de port qui donnent envie de chanter l'Internationale tellement ils sentent la victoire du capitalisme libéral sur la notion de service public ?"
Une pré-commande, c'est un acte d'amour, une façon de dire: on a vraiment envie, on fait confiance et on a hâte. Et ça n'enlève rien aux déclarations tout aussi importantes qui suivront de la part de ceux qui commanderont mon livre en librairie ou le téléchargeront via une plateforme, plus tard, après avoir vu d'autres retours avant de se décider. C'est juste une question de temporalité.
En plus d'une gribouille de ma part (aka dédicace), les pré-commandeurs auront aussi droit à un marque-page illustré par Sanrankune 🙂
Quelle que soit la manière de vous procurer cet alignement particulier de mots qui se transforme en histoire, j'espère que cette dernière vous plaira.
Suite à un sondage réalisé sur un échantillon représentatif de deux personnes et demi dans un rayon de vingt mètres autour de moi, j'ai établi que sa couverture intervenait pour 67,38% dans la décision de s'intéresser plus avant à un livre. Surtout quand il s'agit d'un premier (dans mon cas, techniquement, puisque publié sous un nom différent de celui utilisé pour mes écrits précédents). Autant dire que le bidule a intérêt à être soigné pour multiplier les chances de voir des vrais doigts de vrais gens venir se saisir de l'objet (un fantasme tactile d'auteur, jugez-nous si vous voulez).
J'ai donc eu envie d'une réalisation originale pour ma couverture, et pas simplement d'une image issue d'une banque, aussi décidai-je en accord avec mon éditeur de puiser dans mon vivier de connaissances pour venir mettre des pixels sur l'enveloppe de mon roman.
Les magnifiques couvertures des 9 tomes de La tentation de la pseudo-réciproque ont été réalisées par Sam Drakulls, un geekzone buddy qui s'est depuis reconverti en ambulancier (aucun lien de cause à effet a priori) et j'ai eu la chance que Sanrankune accepte d'illustrer mon rekoeil de nouvelles il y a 9 ans de ça. Le gars étant non seulement talentueux mais aussi très sympa, c'est naturellement vers lui que je me suis tournée (du côté gauche, parce que les convictions, c'est important) pour ce nouveau job.
Je vais donc vous partager le making-off de la couv de ce roman de fantasy avec un téléphone portable dedans, qui est aussi un roman sur l'écriture d'un roman de fantasy.
Après un premier brief, le concept de la couv ressemblait à ça.
Une fois passé du côté numérique de la force, le concept a donné ceci. Mais je n'étais pas complètement satisfaite par la disposition alors on a essayé quelque chose d'un peu différent.
Bon, mieux, mais ce grand écran noir en plein milieu, je trouvais ça angoissant. Alors on a encore revu la composition en ajoutant quelques éléments.
L'idée au départ était de faire un contraste, avec juste une partie en couleur et le reste de la scène en N&B. Mais si l'idée était sympa sur le papier, au final, je me suis dit qu'avec des couleurs partout, ce serait mieux.
Ah oui! Là ça commençait à ressembler à un truc sympa, avec plein de petites références à des éléments du bouquin. Il ne restait plus qu'à terminer la mise en couleur, revoir deux ou trois points pour mieux coller au contenu, et on a obtenu...
Attention, roulement de tambours...
Voilà voilà... Oui, la première idée ne faisait pas du tout couverture de livre, en fait, donc reset total, et vous avez droit en même temps que le cover reveal au title reveal (alors que si j'avais fait une école de marketing 3.0, j'aurais bien fait attention à scinder ces informations dans deux posts différents, histoire de maximiser l'accaparation de votre attention, flûte, trop tard, la boulette...). Le titre du roman, ainsi que l'auront remarqué ceux d'entre vous qui ont passé avec succès le cap du CP, sera donc:
La geste improvisée du chevalier Anowan
Premier tome de la série Les gestes malhabiles.
Oui, ce n’est pas une couverture classique pour un roman de fantasy... Mais il ne s'agit pas non plus d'un roman de fantasy classique !
La suite... ce sera en mars 2026 ! (Si l'univers ne nous a pas avalés avant.)
Avec Sanrankune, nous avons quand même finalisé la pseudo-couverture originale, qui a déjà servi d'affiche à l'occasion d'un marché de Noël. Je la trouve très cool aussi.
(Et merci à lui pour sa patience ^^).
Publié dansLa geste, Making-of|Commentaires fermés sur A quoi va ressembler la couv' de ton prochain bouquin ?
Je pense que tout lecteur est ravi de répondre à cette question !
Je suis pour ma part une lectrice compulsive, je lis tout genre de romans, souvent choisis sur un coup de tête, pour un détail de couv, pour une 4ème qui m’intrigue, parce que le bouquin est dans le top 10 des ventes et que je veux comprendre pourquoi, parce que j’ai échangé deux mots avec l’auteur(e), parce qu’un(e) ami(e) ou un algo m’a dit: hey, je pense que ça te plaira...
Mon top, pourtant, reste inchangé depuis de nombreuses années, à deux exceptions près.
Le guide du routard galactique, Douglas Adams
Parce que c’est absurdement drôle, follement intelligent et profondément humain. Je suis tombée amoureuse d’Arthur Accroc et de la plume de D. Adams (celle de son traducteur Jean Bonnefoy, plus exactement).
C’est culte, et pour une bonne raison.
Au bonheur des ogres, Daniel Pennac
Parce que c’est avec ce livre que j’ai découvert qu’on pouvait conjuguer de la littérature de genre avec de la littérature de personnages et un style au service d’une intrigue (et ça vaut pour toute la saga).
L’assassin royal, Robin Hobb
Parce que ça se pose là en terme de construction d’univers de fantasy, avec plusieurs sagas qui s’entrelacent, des personnages pour lesquels on vibre, et des dragons.
L’affaire Jane Eyre, Jasper Fforde
Parce que ça joue avec le lecteur en abattant toutes les barrières, que ça flirte avec le meilleur de la littérature anglaise, que c’est bourré d’idées comme le magnifique puits des histoires perdues, et que ça parle d’amour.
Les voies d’Anubis, Tim Powers
Parce que c’est enfin un roman qui intègre un voyage dans le temps sans s’emmêler les pinceaux, que c’est du pur steampunk, et que ça nous fait rencontrer des poètes romantiques anglais comme Byron, Coleridge ou Shelley.
Danse avec les lutins, Catherine Dufour
Parce que je n’étais jamais passée aussi vite du rire aux larmes, et que c’est ça aussi, la littérature, une interrogation perpétuelle sur la raison de ces choses infligées par et à nous-mêmes qui nous blessent et nous tuent.
La vie rêvée des chaussettes orphelines, Marie Vareille
Parce que c’est un coup de foudre totalement improbable vu ce que je lis d’habitude, que c’est drôle et poignant, et que je me suis complètement fait avoir - mazette, que c’est bon !
Et puis il y a aussi...
... tout T. Pratchett, J. Austen, I. Asimov, PG Wodehouse, A. Christie, JM Erre.
Hugo et Zola.
Et Enid Blyton, avec laquelle, comme pour tant d’autres, tout a commencé.